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Hera Kirjanova était professeur de langue et littérature russes et d'histoire de la culture des peuples slaves. Elle vivait dans une petite ville russe, était occupée du matin au soir à l'institut, les jours s'envolaient comme les feuillets du calendrier et elle n'avait pour ainsi dire pas remarqué que la jeune enseignante qu'elle était jadis s'était transformée en femme d'âge balzacien. Ce jour-là, dans la bibliothèque où Hera Kirjanova corrigeait des copies, l'assistante de laboratoire s'était approchée d'elle et lui avait demandé, d'une voix douce, comme à son habitude, et comme si elle se sentait coupable de quelque chose : - Nous pensons vous faire un cadeau, Hera Pavlovna. Un parfum francais, peut-être ? Hera avait levé la tête. A cet instant, elle regardait l'assistante, sans la voir vraiment et sans comprendre pour quelle bêtise elle la dérangeait encore. Quel parfum ? Une session d’examens approche et il y a les examens d’Etat en juin. Elle a poussé un petit cri. Et pas du tout sur le ton d'un professeur a balbutié : - Un parfum ? Comme vous voulez, Mashenka. Je serai contente avec n'importe quel cadeau. Un parfum ? Français ? Oui-oui. Mais la marque ? Qu'est-ce que j'en sais, Mashenka ? Je vous laisse le choix. Vous êtes plus jeune. Il y avait les épreuves, les examens, l'obtention du diplôme – la période d'activité intense approchait, mais pour Hera Kirjanova, qui vivait jusqu'ici avec le travail, tout était comme dans le brouillard. Elle lisait les comptes rendus, écoutait les réponses, corrigeait machinalement les dates et les citations inexactes, mais ses idées tournaient en rond comme un écureuil en cage. En juin, elle aura quarante ans accomplis. Mon Dieu, déjà la quarante ans ? Quand, comment, où s'en vont toutes ces années ? Elle allait donc entamer la cinquième dizaine ? Donc devenir vieille ? Sans mari, sans enfants, sans amant. On dit que le quarantième anniversaire ne marque pas. Le voici. Au moins, il ne faut pas faire de fête. Oui, mais comment y échapper ? Les collègues se sont cotisés, comme d’habitude. Ils lui présenteront le cadeau. Il faudra couvrir la table. Il faudrait partir quelque part. Se mettre un parfum français et partir … mais où ? La nuit suivante, Hera fit un rêve. Elle se trouvait dans une ruelle étroite, elle plissait le front et tentait de se souvenir : quelle tribu slave avait posé ici la première pierre ? Elle fouillait dans sa mémoire et mettait de l’ordre dans ses connaissances. Leurs noms sont oubliés depuis longtemps par leur propre descendance… Cette lanterne à la forme étrange, ces marches usées par tant et tant de pas, ces murs de pierre couleur de cendre… - Et bien?, a demandé une voix d’homme venue d’on ne sait où. Et elle, comme une gamine prise en faute, elle a rentré la tête dans les épaules, et, en refoulant ses larmes, a murmuré : - Je ne me rappelle pas. Cela ne m’est pas inconnu pourtant. Je l’ai vu quelque part, sur une illustration, mais laquelle ? - Vous ne savez rien d’autre que cela? Et bien, soit. Si de toute la culture d'Europe occidentale vous ne connaissez que des reproductions d’images du Louvre, si les parfums français vous intéressent plus que la langue française, et puisque vous avez à nouveau mal construit la phrase, je suis obligé de… - Quoi ?, a balbutié Hera, en tournant la tête de tous côtés et en tâchant de voir l'interlocuteur invisible. Quoi ? Qu’êtes-vous obligé de faire ? Sa tête s'est penchée hors du lit, et elle s'est réveillée. Dans la chambre, le silence régnait. La radio, la télé, le baladeur, l'ordinateur portable – tout était coupé. Le réfrigérateur ne faisait aucun bruit. Qu’est-ce qui l’a réveillée ? Cette maison, qu’est-ce que c’était ? Dans quel livre en avait-elle vu l’image ? Une peinture ? Une photo ? Une reproduction ? Et cette voix ? On aurait dit celle de la Bête . (Référence au conte célèbre d’Aksakov, « La Belle et la Bête ») La rue est vide, mais cette voix d’homme, elle l’a bien entendue. Qu’est-il obligé de faire ? Pourquoi doit-elle connaître le français ? Depuis l’école, elle n’avait jamais plus pratiqué le français. Tout est se mélange dans ses pensées. Les énigmes de la subconscience. Le Louvre, les parfums. Une bien pauvre comparaison, diraient ses étudiants. Et s’il y avait tout de même un sens à tout cela ? Après avoir, pour ainsi dire, vidé toutes ses poches et et emprunté un peu aux amies, aux copines et aux connaissances, Hera Pavlovna a décidé de partir une semaine à Paris. Par ses propres moyens, pour économiser. «Comme ça, je me souviendrai de la langue. Avec un groupe ? Non. Ils traduiraient tout». Et cela l’a renforcée dans son idée. Soudain l'idée a surgi, obsédante et absolument inattendue. Le sens, elle l’avait trouvé, peut-être. Et si elle allait au Louvre et acheter le parfum ? L’acheter, là, à côté du Louvre. Le Louvre ! Ben voyons ! Avec quel argent ? Pour l’été, elle a acheté de nouveaux souliers. Puis l’hiver va venir, et il faudra de nouvelles bottes. Et il faudra réparer le plafond de sa maison, qui menace de tomber. Cependant l'idée s’imposait de plus en plus. Dans le flux de ses pensées, celle-là ne la quittait plus. Et elle savait qu’elle ne la quitterait plus tant qu’elle ne la réaliserait pas.
Mardi au Louvre c’était jour de fermeture. Hera flânait sans but dans la ville. Elle la connaissait, sans la connaître. Comme la plupart des compatriotes, elle connaissait la France par sa littérature, surtout par les romans de Dumas. Mais le Paris qu'elle voyait maintenant était, certes, beau, mais c’était un tout autre Paris. Les passants s'arrêtaient, écoutaient poliment son ensemble incohérent des mots français et expliquaient longtemps, où elle doit aller. Elle ne comprenait pas un mot. «Quel hôtel ?» – lui demandaient-ils ? « Non", elle répondait. Pas l'hôtel, elle n'avait pas assez d'argent pour descendre dans un hôtel. Elle logeait dans une petite pension de famille. Hera aimait se promener à pied, elle aimait la solitude, en tête à tête avec ses pensées, et ses pas l'emmenaient dans les rues agitées, remplies de touristes. Elle s’est promenée toute la journée, en autobus, en métro. Les rues alternaient avec les parcs. Aux balcons et sur les corniches des fenêtres, il y avait des fleurs, des roses dont le parfum imprégnait tout, et Hera avait du mal à imaginer que tout cela était réel. Mais le soir tombait, et il fallait revenir. Les passants souriaient poliment et restaient pantois : ils ne connaissaient pas l'adresse d’une pension. Le chauffeur du taxi, à qui Hera a tenté d’expliquer qu’elle voulait aller au bureau des renseignements ou à la police, a levé les yeux au ciel, s’est tapé sur les cuisses, et pointant sa montre du doigt, lui a fait comprendre qu’elle lui faisait perdre son temps. En traversant imprudemment les rues, elle est arrivée dans une ruelle étroite. La lanterne à l'entrée de la maison extrême lui rappelait quelque chose, mais elle n'avait ni la force ni l’envie de se rappeler dans quel film elle avait vu quelque chose de semblable. Il s’est mis à pleuvoir. Des cafés et des bistrots, elle en avait vu tout au long de la journée, mais maintenant il n’y en avait plus, et dans les magasins, on ne vendait que des boissons froides en canettes. Les pneus de la voiture ont crissé. Hera a regardé en arrière. Peut être, cet homme réussira-y-il, lui, au moins, à lui expliquer quand même ? Guy Lefevre a regardé à travers la vitre entrouverte, d'un air vaguement dégoûté. Il avait tout de suite compris que cette femme n’était pas d’ici. Sans doute avait-elle perdu son groupe de touristes et s’était perdue dans cette ville étrangère. « Elle est mal », pensa-t-il, « se retrouver ainsi dans la banlieue, seule, à la nuit tombante. Elle est en danger. » Lui-même ne s’arrêtait jamais en banlieu, mais quelque chose lui interdisait de passer outre. - Est-ce que je peux vous aider ?, a-t-il demandé en ouvrant la portière. Hera a haussé les épaules en signe d’impuissance : elle n'avait pas compris la question. Elle s'est mise à parler, en tâchant de se rappeler les mots nécessaires et d’en faire des phrases cohérentes. Guy n’a rien compris, mais maintenant il n'avait plus aucun doute : s’il la laissait dans cet endroit pour la nuit, elle disparaîtrait. Même lui n’aurait pas osé rester là. Lefevre est alors sorti de la voiture et, en tâchant de parler lentement et clairement, a proposé : - Il y a des cafés pas loin d’ici. Une tasse de café. Vous devez vous réchauffer. "Le café", elle avait compris sans avoir besoin d’une traduction. Elle l’a regardé avec reconnaissance et a rapidement détourné les yeux pour qu’il ne voie pas qu’elle était au bord des larmes. Le café était bruyant, mais à côté de ce Monsieur respectable aux cheveux blancs, Hera se sentait protégée. Il a tenté d'établir de nouveau la conversation avec elle, mais elle était confuse et baissait les yeux, comme une petite fille bien élevée qui aurait oublié à la maison le cahier avec ses devoirs. C'était amusant. Guy avait deviné qu'elle ne comprenait pas du tout la langue parlée, bien qu’elle connaisse quelques mots de français. Il a pris son agenda et a écrit : - Qui êtes-vous ? Pourquoi êtes-vous ici ? Où est votre hôtel ? Elle a lu. A écrit précipitamment : - Le pensionnat. Personne ne connaît l'adresse. Je ne me rappelle pas la rue. Pensionnat, il ne comprenait pas. Puis il pensa « elle veut dire pension, elle est dans une pension de famille ». Certes, il ne connaissait pas, mais il allait téléphoner au bureau d’Information pour les touristes.
- Je vous conduirai. Ses yeux se sont remplis de nouveau de larmes de reconnaissances et à nouveau, comme une fille coupable, elle a baissé les yeux. Lefevre a souri. Cette femme ne ressemblait décidément pas à une autre. Cela l’amusait. Dans la voiture elle s'est réchauffée, s'est calmée et est devenue très agréable. En la regardant dans le rétroviseur, Guy la trouvait de plus en plus son sympathique, gentille et extraordinairement féminine. Il tâchait de prononcer les mots lentement, en détachant bien les syllabes, et elle a commencé à comprendre quelque chose, et à parler avec plus de cohérence. Elle connaissait peu de français, mais ses erreurs n'irritaient pas, Guy trouvait même cela amusant. Parfois il la corrigeait, par habitude, comme un professeur, et cela aussi l'amusait. Il n'a jamais eu l'occasion d'apprendre la langue à une adulte. À sa surprise, la compagne de route réagissait instantanément aux "leçons", et en arrivant, ne confondait pas déjà «le futur simple» avec «le présent simple». Et elle connaissait finalement plus de mots qu’il ne le croyait. Lefevre a décidé alors de se présenter et lui a demandé son nom. - Hera, - a répondu sa compagne de route, et Guy a souri : - Celle qui terrorise ses rivales et règne sur toutes les femmes ? Cependant Zeus la traite comme une captive obéissante. Il l’a regardée à la dérobée, pour voir comment elle réagirait. Qu’y aurait-il dans ses yeux : la confusion, l'intérêt, l'émotion ? Mais son regard était tendu et perdu. Elle n'avait pas compris la question. Alors qu’ils prenaient le café, il remarqua que la femme se tenait avec discrétion, l’air aussi strict que sa robe. Ses genoux étaient étroitement rapprochés, les boutons sur la robe fermés presque jusqu'à la gorge. Le dos était droit, tendu, mais les épaules arrondies mollement baissées. Elle faisait des efforts pour garder se tenir avec rigueur, mais ses gestes et ses mimiques en disaient long sur sa mollesse de caractère. Tout en elle était double. Elle paraissait s'approcher au plus près mais restait élognée. Le regard assuré et perdu, les mouvements sont fermes et mous, impétueux et harmonieux, la stature est fière et en même temps modeste. Elle est fermée comme une huître dans la vase mais elle saura dévoiler à qui la possèdera la perle enfouie en elle.
Déjà quand la voiture s'était arrêtée à côté de la pension, il lui était déjà clair qu’elle était érudite, éduquée et qu’elle avait de l’humour, mieux encore, de l'autodérision. Son apparence était agréable, de beaux cheveux, de beaux pieds. Elle était extraordinairement sensuelle tout en paraissant vouloir rester froide et distante. Qu'en était-il ? Lefevre avait envie de mieux faire connaissance avec elle. - Je vais maintenant en Bretagne. Oui-oui, c’est là-bas que j'allais, quand je vous ai rencontré. Je vis dans une maison au bord de la mer. Vous n'y êtes jamais allée ? Vous aimeriez. Le climat est agréable, la plage est belle. J'ai une chambre pour les visiteurs. Je vous propose de quitter cette pension et de prendre cette chambre dans ma maison. Il y a cinq heures de route. Vers minuit, nous y serons. Je suis en congé, j’écris un roman. Et le jour, quand vous vous reposerez, je vous montrerai la région. Il y a beaucoup de monuments et de musées. La Bretagne est très tranquille. C’est le mieux, je pense, pour écrire. Vous pouvez rester chez moi quelques jours. Vous vous y reposerez et vous m’aiderez. L'héroïne de mon roman a des racines russes. Il me sera très utile de communiquer, de parler avec vous. Vous apprendrez mieux la langue. – et après une brève pause, il a ajouté : - je vous assure, vous n’avez rien à craindre. – ". Sa voix avait insisté sur ce point Guy Lefevre travaillait en effet sur un roman. Comme la philologue, il lisait beaucoup, et si la littérature classique provoquait son respect, les romans innombrables des contemporains l’obligeaient à réfléchir. Et s’il allait plus loin dans l’écriture le plus ? Non, il n'allait pas changer de profession et ne planifiait pas la création de l'oeuvre impérissable et de faire de la philosophie. Au contraire, il voulait se reposer des idées sérieuses, écrire facilement et vite au cours de son congé, un texte érotique, un peu assaisonné de pornographie. Cependant le processus s'avérait moins fascinant et facile qu’il l’avait cru. Il avait toujours à l’esprit des films et des publications sur des sites Internet, mais c’était bien plus difficile d’inventer des situations originales. Il aurait jugé utile d’avoir l'opinion d’une femme qui n’était pas familière avec les bagatelles de ses compatriotes. Ses sentiments, ses sensations, son histoire, tout cela pouvait être utile. - Acceptez. Vous serez bien dans ma maison. Je vous assure, vous ne le regretterez pas. Hera a repris son souffle. Partir et voir de la fenêtre de la voiture la moitié de la France. Et se reposer sur le bord de la mer, où elle même dans les fantaisies n'entrait pas en volant. Et ne pas errer dans les rues sombres. Et pour cela lire son roman ? Oui elle s’est occupée toute sa vie de lire les romans étrangers, les comptes rendus, les cours, et jamais on ne lui a proposé de cadeaux pour cela. Mais elle ne connaît pas du tout cet homme. Oui. Et alors ? A son âge, c’était irresponsable. Oui. Et alors ? A son âge, c’était irresponsable. Mais si elle ne le faisait pas maintenant, quand ? Oui, pour elle, il s'est dérangé et a interrompu sa route. Y avait-elle beaucoup chez elle des hommes familiers, bien élevés, polis, intéressants ? Oui, il la conduisait tout à l'heure en voiture et il ne l’a pas touchée, ne l’a pas emmené dans une ruelle sombre. Quel âge avait-elle donc, dix-sept ans ? Pour les aventures, il devait avoir de plus jeunes femmes. Vas-y, accepte. Finalement, l'argent qu’elle avait suffirait pour rentrer à Paris par le train.
A peine avaient-ils quitté la pension, après un virage à droite puis à gauche, que Hera a poussé un petit cri de surprise en voyant les célèbres ailes du Moulin Rouge. - Je logeais à PIgalle ? Je ne le savais même pas. Je ne suis pas venue de ce côté. Elle s'est serrée contre la vitre pour mieux voir cet endroit légendaire, qu'elle n'avait vu que sur des tableaux. - Un café de la Paix se trouve non loin d'ici. Existe-t-il toujours ? Est-ce qu'il n'a pas changé ? Dans ce café, Zola et Maupassant venaient souvent. Et Massenet aussi. Notre peintre Korovin l'a dessiné. On dit qu'il l'a dessiné et aussi la place Pigalle , mais je n'ai jamais vu ce tableau. Ce coin de Paris n’avait pas seulement inspiré Korovin, mais des dizaines, des centaines de peintres. Le Moulin-Rouge, c'était, certes, Toulouse-Lautrec, qui en était le chantre. Comme dans les films, et dans les livres. Hera connaissait la ville et ne la connaissait pas bien, une fois de plus. Comment ne pas connaître le Moulin, devant lequel ils passaient, et la Basilique du Sacré Cœur sur la colline, qui est parfaitement visible d'ici. "Mais pourquoi la basilique a-t-elle une couleur grisâtre? J'ai lu qu'elle était blanche comme la neige. Ah, oui ... la pollution". Mais le boulevard de Clichy lui n'était pas du tout comme sur le tableau de Van Gogh. Quelle couleur prenaient les ailes du moulin la nuit ? Rouge ? Et la musique, on devait l’entendre jusqu’au boulevard. Quelque part là, sur la colline, à Montmartre, vivait Hemingway . Et non loin d'ici il y a le café, dans qui il prenait le café, lisait les journaux et écrivait le roman de Paris. «« Paris est une fête»». Elle disait cela en français, en russe. Et elle s'est tue soudain. Elle avait aussitôt perdu l’envie de partir. Certes, elle n'avait pas assez d'argent pour venir au cabaret, mais personne ne l'empêcherait de faire une promenade dans cette rue, tard le soir, quand elle brillait de mille feux. Elle pourrait y déambuler jusqu'au matin. La pension était vraiment toute proche. Lefevre semblait avoir deviné ses pensées. Sans quitter la route des yeux, il laissa tomber négligemment : - Oui, c'est Pigalle. La nuit, c’est un quartier dangereux, surtout pour les femmes seules. Après la place commençait le quartier des lanternes rouges, et dans ces rues, où il y avait une quantité innombrable de bordels, la nuit, il y avait beaucoup de voyous et de voleurs. Mais pour Hera cette particularité de la région, c’était de la littérature, et même «l'Assassin du quartier des lanternes rouges», ce n’était pas vraiment le crime. Hera lui a lancé un regard méfiant : dangereux, en centre ville ? À côté de ce cabaret, où les plus riches gens du monde viennent le soir ? Et la police, les caméras de surveillance ? Ça n’existe pas ici ? Alors qu’elle traduisait mentalement la question en français, Guy réussit à se garer à l’angle d’un bâtiment. - La route est longue, il faut manger un bout maintenant. Au seuil du café, Gera traînait. Guy l’a regardée, sans comprendre pourquoi elle hésitait à entrer, l’air soudain renfrogné, comme si elle était en colère. Cependant, sans rien lui dire, il lui a tenu la porte en attendant qu’elle passe. Gera était fâchée contre elle-même. D'habitude, elle était connue comme une personne équilibrée, et là, elle avait perdu entièrement la raison. Comment pouvait-elle accepter d’entrer dans ce bistrot, où un seul café coûtait plus que son salaire mensuel ? Que pouvait-elle commander ? Sans doute Guy était-il aimable, mais c’était un occidental et il n’avait pas conscience de cette situation.
Il y a dans le café une odeur appétissante d'épices, de brioches, de café torréfié et un brouhaha de langues variées. On distingue des voix qui parlent en russe.Hera examine la salle . Et elle rencontre du regard Lefevre. Il cligne de l'œil et la regarde. Son regard est intéressé, curieux et il la regarde avec distance, un peu comme on regarde des peintures dans un musée. - Qu'y a-t-il ? - demandent ses yeux , et Lefevre lui sourit. Il effleure de sa main grande et chaude celle d'Hera, et Hera se sent en sécurité à nouveau, comme si Lefevre la protégeait. Elle baisse les yeux hâtivement, elle est désarçonnée, se demande pourquoi elle a confiance en cet homme qu'elle ne connait quasiment pas. Lefevre sourit. Sa prédisposition à se sentir mal à l'aise et à devenir confuse sans raison l'amuse comme par le passé. Il pensa : "Quelles émotions ressentira-t-elle quand elle sera l'héroïne d'un roman érotique ?" et il a encore souri. Puis son regard s'est fait plus sérieux. Hera l'étonnait de plus en plus. Cela lui semblait étrange qu'Hera visite le Louvre, traverse à pied presque toute la ville et ne visite ni les sex-shops ni le quartier de lanternes rouges à Pigalle, où les Américains et les Russes flânaient généralement en groupe. Et sa connaissance de la peinture française l'étonnait. Lui-même connaissait très peu la peinture de ses compatriotes. L'art et la littérature de siècles passés l'intéressaient peu. Il préférait la littérature moderne et la musique rock. Hera nomma plusieurs peintres. Toulouse-Lautrec lui était connu parce qu'il avait exalté le vice. Lefevre avait fait connaissance avec son œuvre quand il avait cherché des images de femmes nues sur Internet. Il lui demande en souriant, quand Hera s'arrête devant le miroir du vestibule pour se recoiffer : - Vous préférez quel tableau de Toulouse - Lautrec ? Le peigne s'est figé dans la main de la femme et Lefevre ne quittait pas des yeux son reflet dans le miroir.Il goûtait d'avance le plaisir de son trouble lorsqu'elle rougirait, les larmes aux yeux. Mais il a seulement croisé le regard à nouveau tendu d'Hera, qui ne savait que répondre. Elle aimait la peinture de paysage et elle préférait "son" Levitan à tous les peintres occidentaux. Toulouse - Lautrec était peu intéressant pour elle, mais il lui semblait que répondre cela serait impoli. Probablement, «la femme Rousse agenouillée» ? Ou le "Lit" ? Personnellement je préfère «Nu devant le miroir».Il a prononcé les mots vite, et elle a compris seulement le mot "femme". Elle a haussé les épaules : - Je préfère «Margo». À vrai dire, le tableau se trouve dans une collection privée, j'ai vu seulement l'illustration, mais elle me plait. Elle a souri, se dirigeant vers Lefevre. Il a gardé le silence. Guy n'avait jamais entendu parler de ce tableau. Et ce n'était pas compliqué. Sur le tableau il n'y avait pas de prostituée nue, mais une petite chienne poilue. Lefevre dit: - Il est temps! Hera a ralenti le pas pour regarder le Moulin-Rouge encore une fois. - La nuit tombe bientôt. Je n'aime pas rouler la nuit. - Oui - oui, - a répondu Hera. Guy a payé le souper lui-même et il a fait cela négligemment, comme si c'était naturel ici. Hera ne se tourna pas vers lui pour lui dire qu'elle s'était ravisée de l'accompagner. Mais est-ce qu'elle s'était ravisée ? Non. Elle ne voulait pas le quitter.
Au delà de la vitre, les carrés droits des champs passent, ensuite les maisons basses avec leurs enseignes vives sur la façade et les vergers, les champs de maïs, les tournesols passent à nouveau. Lefevre ne détache pas ses yeux de la route, il parle peu à Hera, avec des questions banales. Dans la voiture, la musique joue, du rock, mais à faible volume.Hera s'est assoupie sans s'en aprecevoir. Elle rêve d'un bois. Elle va par le sentier. Le soleil joue des reflets et une partie du bois est verte foncée comme la menthe en automne, et l'autre partie est vert pomme comme les premières feuilles du printemps. Et elle ne sait pas où elle va. Alors les nuages s'accumulent. Et les roulements du tonnerre se font entendre, parfois plus fort, parfois plus doucement. Ils s'éloignent, l'orage s'en va, - pense Hera, et elle peut aller plus loin, mais le tonnerre se fait entendre à nouveau quelque part, tout près. Il y a une faible brise fraîche et l'odeur de la mer. Et la voix d’homme sui dit : - Je regrette, mais je dois … - Oh non! – Hera a poussé un cri, en regardant tout autour. Tout autour, le bois était, sombre, obscur. Et silencieux. Et seulement la voix : - Je dois … - Quoi ? Eh bien, que dois-tu faire ? – elle a crié. Et s'est réveillée. Dans l'habitacle de la voiture, il fait sombre. Par la vitre ouverte, on entend le bruit de la mer. Au loin, on voit les feux d'un paquebot . - Pardon de vous éveiller, - a dit Guy, et dans sa voix il y avait un sourire. - Mais c'est la Bretagne. Nous sommes à la maison.
Hera a franchi le seuil de la maison et son coeur s’est mis à battre fort . La peur lui donnait des palpitations . Qu’avait-t-elle inventé ? Quelle folie avait-t-elle faite encore ? Pourquoi avait-t-elle quitté Paris dont elle avait tant rêvé ? Pourquoi venir dans la maison de cet homme seul, qu’elle avait rencontré dans la rue par hasard ? Elle regarde le maître de maison, elle le redoute tout en cherchant son aide . Il lui rend des regards distraits et fatigués par la longue route . Sa voix est lasse : - Si vous voulez manger ... Je ne suis pas sûr que ... - Non-non, - a-t-elle répondu hâtivement . – Seulement boire . - La cuisine est là . C’est votre chambre . La salle de bain est ici . Si vous voulez prendre un bain ... Lefevre branche l'électricité et Hera s'est vue dans un grand miroir, elle était effrayée, fatiguée et pâle . Elle ne paie pas de mine ... Elle jette un regard vers Guy . Il ne le voit pas, il prend une serviette-éponge dans le placard . Lefevre est comme un robot dont les piles vont être à plat . La bande de la chaussée courait encore devant ses yeux, les panneaux publicitaires et routiers fuyaient. Il fait un effort pour rester agréable avec son invitée et il a bien conscience d’être froid et distant . « Demain ... Je me lèverai tôt . J’irai chercher les croissants au village . Je me rachèterai », - il a pensé et a dit, sans tourner la tête : - Les robes de chambre sont ici. Dans la salle de bains, quelques robes de chambre pendaient, mais ni rouge à lèvres, ni poudre, ni laque. Hera l’a remarqué et a ressenti un trouble : pourquoi cela m'intéresse-t-il ? Elle a jeté un coup d'oeil à nouveau vers Guy, se demandant s'il n'avait pas deviné sur son visage les pensées qui lui traversaient l'esprit . Guy ne la regardait toujours pas, mais plutôt les petites armoires . - La brosse à dents . Le peigne . - Ils sont chez moi . - Tout de même . Elle n'a pas commencé à discuter.
Lefevre vient aller au corridor . Il s'arrête à la porte de la salle de bains . - Si vous avez besoin de quelque chose cette nuit, n’hésitez pas, ma chambre est à côté . « De quoi pourrait-elle avoir besoin ? », pensait-il en souriant intérieurement, en présentant comme elle entre dans sa chambre .
Debout près du lit, il a pris des pyjamas dans sa main, comme pour évaluer leur poids . Son corps las n'a pas voulu le contact de ce tissu . Lefevre était habitué à satisfaire ses intentions . Il a mis de côté les pyjamas et s'est couché, nu, sous les couvertures . Il a laissé la porte de sa chambre ouverte et c'était audible, comme les bruissements d'eau de bain . Il a imaginé, comment Hera nue,prend sa douche, lave les recoins intimes de son corps et pense à lui, à Guy . Il n'a plus douté qu'elle veuille être avec lui . Elle est confuse et perd courage, elle veut sentir son corps robuste. Mais se décider à venir à lui la première nuit ? Il n'a pas voulu la forcer . Il a voulu être délicat avec elle . D'abord . Et ensuite … Il ne sait pas ce qu'il en sera alors . Lefevre s'est étonné lui-même . Dans sa maison constamment des femmes sont arrivées et il n'était jamais cérémonieux avec eux . Il n'allait pas refuser quelques nuit agréable avec Héra, mais il voulait la tenter, qu'elle y vient d'elle-même . La porte de la salle de bain s'est ouverte prudemment, et Hera est allé doucement le long du couloir . Elle allait nu-pieds pour que ses pas ne soient pas audibles . Elle voulait passer devant sa chambre inaperçue . Il a souri dans l'obscurité : aujourd'hui , elle n'a rien à craindre de lui . Il lui a dit "bonne nuit" . Il a parlé à haute voix. Il le savait : sa voix la rendrait confuse de nouveau et même l'effraierait, et cela l'amusait . Mais en plus il voulait lui faire savoir qu'il ne dormait pas, qu'elle pouvait venir à lui, si elle le voulait . Elle a répondu quelque chose d'indistinct . Est allée dans sa chambre . Il a entendu comment tremblait sa voix, et il la plaignait . Il comprenait qu'il lui était inconfortable d'être dans sa maison, perdue, effrayée . Elle était semblable à l'oiselet qui a volé vers la lumière, mais a donné contre la vitre . Il faudrait l'encourager, la calmer, mais il était trop fatigué pour conduire une conversation mondain ou un jeu amoureux . Il souriait encore en s'imaginant comment Hera est entrée dans sa chambre, s'est faite toute petite dans son lit et a écouté les bruits du couloir pour savoir s'il viendra . Il lui semble qu'il l'a effrayée . Mais quoi ? C'est encore trop tôt pour craindre quelque chose de lui . «Non, je ne te forcerai pas . Tu viendras à moi de toi-même . Toi-même, tu me donneras ton corps, et ton âme . Je serai câlin et délicat avec toi la première nuit et tu te donneras entièrement, sans compter. Et ce sera ton erreur. Tu ne t'appartiendras plus. Mais qui est coupable que tu sois si imprudente ? Tu m'as suivi, sans savoir qui je suis … ce que je suis … " Lefevre a souri sensuellement . Et ainsi, avec le sourire, il s'est plongé dans le sommeil.
Hera est entrée dans sa chambre. Arrêtée près de la porte, elle écoute s'il n'y a aucun pas d'homme dans le couloir . Mais elle n'entend que les battements de son cœur . Elle est allée au lit sur la pointe des pieds . Elle s'est couchée sans allumer la lampe et est restée longtemps immobile, trop timide pour oser bouger. Son corps a commencé à se fatiguer de la pose incommode, et elle s'est fâchée contre elle-même. Il fallait y penser plus tôt ! Maintenant il va entrer et dire :« Mais pourquoi es-tu venue ? Tu n'es pas un enfant, tu as tout compris». Et il aura raison. Est-ce qu'elle pourra lui expliquer qu’elle ne pensait pas avoir des rapports intimes avec lui? Paris, les rues étroites, le parfum des roses – la rencontre avec Guy était la suite de l'histoire féerique. Elle s'est perdue, comme une petite fille, et il a été, grand, fort, sage. Et elle est allée avec lui, comme une suite logique à cette belle journée . Mon Dieu, quel délire était né dans sa tête. Il est déjà difficile d'expliquer un tel coup de tête dans sa langue, mais dans une langue étrangère il ne vaut mieux ne pas essayer. Maintenant il entrera et … Et quoi ? Elle en effet, elle voulait avoir une aventure d'amour, quand elle s'est envolée vers la France. Enfin, elle « voulait »... elle en rêvait! À vrai dire, elle rêvait un compatriote attentif et élégant, l'image qu'elle se faisait du Français avec sa connaissance faible de la langue ne lui est pas venue à l'esprit. Mais il est là, à côté d'elle. Paternel, pourquoi le craint-elle autant ? Par la fenêtre, elle entendait les bruissements du feuillage et un oiseau appelait avec un gémissement triste . « Mais pourquoi ne dort-elle pas ? C'est à moi aujourd'hui de ne pas dormir. Attendre … » - Oui, attendre, mais quoi ? – Soudain la Pensée s'est rappelée avec irritation à elle-même . – s'il voulait venir, il n'attendrait pas la demi-nuit. Elle s'est rappelée la salle de bains, où il n'y avait aucun objet féminin. Probablement, les femmes ne l’intéressent pas du tout. En effet, elle lui est nécessaire comme une consultante, une professionnelle, qui lui expliquera l'âme de la femme russe . Par la fenêtre, l'oiseau a applaudi des ailes, a crié d'une voix gutturale quelque chose dans sa langue d'oiseau et s'est enfui dans la nuit. Et Hera s'est apaisée. Elle a senti qu'elle s'endormait. Mais avant de s'endormir, elle a eu le temps de comprendre : c'est fâcheux, si elle n'intéresse pas Guy en tant que femme.
Un brise légère agite le fin rideau. Des reflets de soleil sautent sur le parquet et les meubles polis . Par la fenêtre, les oiseaux gazouillent. L'air est imprégné de sel marin et d’ arôme des fleurs des prés . Et elle est dans le grand lit sur un blanc drap de soie . Pour elle, c'est comme si elle vivait un conte . Et qu'est-ce qui lui a fait peur la nuit ? Hera s'approche de la fenêtre . Un léger voile lilas enveloppe les arbres . Il semble qu'à l'aube le brouillard dense s'est étendu jusqu'ici. La mer … Les vagues viennent battre des blocs naturels qui ressemblent à des rochers . Et des milliards d'embruns dorés s'envolent comme un feu d'artifice de soleil . Et des voiles blanches, beaucoup de voiles blanches. Elle se trouve sur la côte Atlantique . Et ce n’est pas un rêve . Hera souriait et sortait de la maison en silence pour ne réveiller pas le maître .
Guy Lefevre s'éveillait et voyait la mer . Aujourd’hui elle était admirable . Pas un tanker n’était visible sur l’horizon, seulement des voiliers, semblables à des mouettes . Des vagues faibles venaient toucher la côte et mouraient aux pieds des rochers erratiques. Puis une grosse vague furieuse engendrée par une tempête marine éloignée déferlait sur la côte . Elle se jetait passionnément sur le rocher côtier, et, en pétillant d'écume, se cassait sur lui, éclatant en une foule d'embruns. Peut-être, il pouvait comparer les femmes qui avaient croisé sa vie à ces vagues. Elles venaient doucement et disparaissaient sans laisser de traces ni dans sa vie, ni dans son coeur. Il pouvait se souvenir seulement de certaines. De celles qui faisaient irruption dans sa vie mesurée comme engendrées par les éléments . Ce jour de juillet est agréable, si l'onde t'arrose de la tête aux pieds. Mais l'été passe, et il revient à Paris. - Et Hera ? Quel genre de vague sera-t-elle ? Qui sait ... Celle-ci, peut-être, restera ? Il a froncé le sourcil : la question l'a étonné. Et ici il a pensé qu'il faut inscrire la comparaison des femmes avec les ondes, ce sera utile pour le roman.
Lefevre a regardé la porte de la pièce d'hôte : peut être, passer par ici ? Et il a décidé de ne pas changer le plan initial . D'abord il descendra des croissants, fera le café . Tâcher de ne pas faire du bruit pour ne pas réveiller Hera prématurément, il examinait la cuisine . Comme il se rappelait, le café et le sucre étaient chez lui. Maintenant il achètera des croissants frais et, probablement, il faudra acheter des bonbons . Un arôme de café remplira la maison . Il entrouvrira prudemment la porte de la pièce d'hôte, mettra le plateau avec le petit déjeuner sur le bord du lit … Non, - il s'est interrompu lui-même . – je ne dois pas apparaître devant elle dans le rôle du serviteur . Nous mangerons sur la terrasse. L'air frais, le vent de mer seront ici et Hera sera frileuse, elle lui demandera de lui apporter l'écharpe . Justement, ainsi ce sera bien . Elle ne doit pas être sûre d'elle dans sa maison, doit avoir besoin de son aide tout le temps, doit demander quelque chose . Guy s'est approché de la porte qui conduisait sur la terrasse . Il la placera sur cette chaise . Le siège est large, et Hera ne pourra pas s'appuyer contre le dos de la chaise . Elle sera assise face à la mer . Il lui dira : - Asseyez-vous sur cette chaise, vous verrez comment le soleil se reflète dans les vagues . Et certes il ne lui dira pas qu'ainsi le dos de la chaise n'empêchera pas le vent froid de pénétrer sous sa robe . Il lui apportera l'écharpe . Il pourra même enrouler le plaid autour de ses pieds . Il fera ce qu'elle lui demandera, mais elle doit lui demander constamment . Elle-même, elle ne remarquera pas, comme elle aura un sentiment de dépendance complète envers lui, et il pourra la contrôler . Il a caressé le dos de la chaise, comme s'il y avait une épaule féminine : - tu es belle, sage, formée, mais tu feras tout que je voudrai. Tu m'appartiendras, comme tout dans cette maison. Tu seras mon objet et ma chose . Et tu aimeras cela .
Guy n'est pas devenu prendre la voiture, le bruit du moteur pouvait réveiller Hera, mais elle doit dormir avant son retour . Tout doit aller selon le plan . En plus il était pas du tout contre une petite promenade . L'air maritime est particulièrement agréable après la bousculade urbaine et des rues polluées par les gaz .
Lefevre n'était pas loin de la maison et à dix mètres, il a vu son invitée. Dans une légère robe en soie, elle est assise parmi les rochers, les bras entourant ses genoux, elle regarde la mer sans en détacher les yeux et ressemble à une placide et heureuse naïade . Guy s’arrêta . Il secoua la tête : Hera continue à le surprendre. « Et si l’oiseau blessé s'envolait? Cela ne fait rien, elle retournera sur ses pas à la nuit » , il a souri et était prêt à interpeller l'invitée mais en ce moment elle arquait le dos, levait les bras, secouait les cheveux et s'est mise à rire en regardant à l'horizon. Lefevre se grattait le bout de nez et toussotait faiblement en annonçant ainsi sa présence. Il était un peu confus . La veille, la fatigue du voyage l'avait pris, il s'était endormi rapidement, avait dormi profondément et maintenant il ne savait plus si Hera venait chez lui . Et si elle venait, elle l’interpellait de la porte de la chambre ou elle s'approchait de son lit et a vue sa nudité, et quelles pensées sont venue chez elle ? Hera tourna la tête. - Bonjour, dirent-ils ensemble . Hera riait, Lefevre souriait : - Pourquoi vous-êtes vous levée si tôt? Vous êtes en vacances. - Une habitude. Et puis il y a déjà une journée passée. Je ne suis en France que depuis 5 jours. Je veux bien profiter de mon temps. - J'ai prévu de vous réveiller avec l'odeur du café chaud et des croissants frais. - Et moi, - Hera rit de nouveau. Elle voulait aller au village. Les prix au village ne sont pas comme à Paris, et elle pourrait très bien acheter de la nourriture et de faire le petit déjeuner et le déjeuner. Mais elle a peur de se perdre à nouveau. Elle aurait dû demander aux passants, où Lefevre habite, et qui sait combien de Lefebvre il y a dans l’alentours? Et en plus ... Elle hésitait . - Eh bien! – Lefevre s’anime . Vous semblez contrariée ? Hera inclinait la tête, jetait un regard du cils sur Guy et sourit avec confusion : - Eh mais, je ne sais pas ... - Peut-être ne voulez vous pas que le voisinage sache que je suis chez vous. Lefevre fronce les sourcils . Il n'est pas sûr qu'il la comprenait correctement. Il n'a jamais demandé l'avis des autres, et il ne comprenait pas pourquoi cette idée pouvait venir dans la tête d’Hera. Mais il se tut en guise de réponse . - Je vous conseille de mettre un bikini, pendant que je vais au village ... - Je ne porte pas de bikini – Hera ne l’écoutait pas jusqu'à la fin... – Si... vous ne pouvez pas me prendre avec vous? Si cela vous convient . - Ben quoi, - Lefevre a accepté. – Nous pouvons partir pour le village ensemble. Mais c'est à cinq kilomètres. Je pense que vous aurez de la peine à aller trés loin par notre côte rocheuse sans avoir l'habitude . Allons en voiture. à suivre
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